Épisode : Yari no Chuutai
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Lun 8 Avr - 17:37
Date : ... au courant de l'Été 750 ...
Lieu : ... perdu dans les contrées erratiques du Rukongai ...

Les lourdes pattes de la tortue de monte géante laissaient de profondes empreintes sur la banquise enneigée qu'empruntait l'escouade. Tenant les brides spirituelles de cette force de la nature, un émissaire de la Compagnie des Avant-Garde, Yari no Chuutai, guidait ses compagnons depuis des semaines au travers d'un biome inexploré. Perchés sur la carapace du reptile, deux Shinigami l'accompagnaient, dont l'un zieutait constamment entre son parchemin et la désolation blanchâtre devant lui, un brassard vert estampillé d'un « 精神 » sur le bras – symbole des Érudits.

— Et c'est là que je lui dis : "tu sais, j'ai l'habitude d'explorer les sentiers inexplorés..."
— Impossible.
— Si, si, je t'assure ! Sans rond de jambes. Dans le blanc de l’œil.
— Et elle a réagi comment ?
— Ah, ça... c'est pour une autre hist-...
— Attendez.

La troisième roue du carrosse, l'Érudit, descendit de la monture pour écraser lui-même l'épaisse couche de neige alentours. Il extirpa son zanpakutō d'un demi-pouce hors de son fourreau, et prononça une phrase incantatoire à voix basse, inhérente à tous les Shinigami. Le katana et son support se transfigurèrent aussitôt en un jambiya imposant. D'une main tendue vers le sol, l'Ittōhei relâcha une puissante gerbe de Hadō pour mettre la terre à nue. Ses compagnons gardèrent tous deux le silence, en retrait, s'échangeant toutefois un regard complice, illustré d'un haussement d'épaules en chœur. Avec le temps, ils avaient appris à s'habituer aux méthodes de l'historien. Qu'importe si cela demandait d'arrêter subitement leur voyage pour planter son zanpakutō ci et là afin de se repérer.

Ce que l'Érudit de cette expédition fit.

— Cherche, Furidashi.

De vifs tremblements ébranlèrent la lame du jambiya, pourtant tenue d'une main ferme par son porteur. Ni la tortue de monte, ni ses deux hôtes ne ressentirent ces ondes telluriques parcourant le sol en profondeur. Mais l'Érudit compensa leur quiétisme par une connaissance exhaustive de la composition du terrain, les innombrables vibrations de son zanpakutō allant et venant pour sonder les alentours inconnus. Un mystérieux obstacle aiguillona soudain sa curiosité – pire, rendit l'émissaire perplexe.

— Au nord-nord-est, vite.
— Pourquoi cet empressement, l'ami ? Qu'as-tu déniché ?
— Le néant...

L'Érudit reprit sa place auprès de ses compagnons sur la carapace de leur monture atypique.

— À toi de jouer, Onsokugame ! beugla la voix tonitruante du chevaucheur. FONCE !

Les trois Shinigami s’agrippèrent du mieux qu'ils purent aux interstices à portée de main pour ne pas choir sous la brusque accélération de l'imposant Bankai. Une quantité massive de Reiryoku habilla les pattes de la tortue de guerre ; chaque enjambée lui donnait davantage d'inertie. Très vite, la créature plana sur de très longs mètres, brisant le vent en deux masses distinctes pour ne subir aucun frottement.

— PRÉVIENS-MOI QUAND NOUS Y SOMMES PRESQUE ! hurla-t-il pour que l'on puisse l'entendre.

Mais le colon de Yari no Chuutai n'eut besoin d'aucune information de son homologue historien : ses yeux s'étaient déjà posés sur ce qui avait aussi facilement alerté le zanpakutō sensoriel.

— Qu'est-ce que c'est que ça...
— Le néant, répéta simplement l'historien.

Le néant, en effet. Un gigantesque gouffre sans fond de dizaines de mètres de rayon, creusé depuis le sol jusqu'aux tréfonds du Rukongai – non, de la Soul Society. Un trou, une abysse, une absence de matière, tandis que le Reishi contenu dans toute chose, y compris la terre et la neige, se faisait happer par un mystérieux flux... dans une mystérieuse direction. La roche sous leurs pieds commençait déjà à s'effriter. Le bord de la cavité rendit l'âme sous la forme d'une teinte azurée, pure, semblable à l'énergie primitive que maniait si bien le Vandenreich durant la Seconde Guerre. Le constat était facile à dresser : le trou prenait de l'ampleur de seconde en minute. Et personne n'osait imaginer jusqu'où allait-il grandir.

— Il faut transmettre la nouvelle à Oshimo.
— Tu veux dire, donner toute la gloire de notre découverte à ce plaisantin de Fukutaicho ?

Les trois émissaires se jaugèrent pendant un instant, en silence, le dilemme s'immisçant dans leur psyché pour trancher sur la question. Hélas, deux d'entre eux avaient déjà fait leur choix.
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Narrateur
Jeu 11 Avr - 17:26
À deux contre un, l'Érudit ne put imposer la voix de la raison face à l'ambition de ses collègues. Ni sa répartie, ni sa puissance ne lui permettait de leur faire faux bond, et de transmettre la nouvelle au Seireitei via le Jigokuchō qui les accompagnait. Il accepta son sort, et remonta sur Onsokugame pour contourner l'immense gouffre de vide qui les séparait alors de la destination du flux d'énergie spirituelle. Quelle horrible découverte patientait à l'autre bout du fil ? L'historien ne put s'empêcher de jeter une oeillade au fond de cette abysse – mais n'y vit qu'un noir aussi pur que les ténèbres du Dangai.

— Au moindre problème, on rebrousse chemin. D'accord, Takeo ?
— Oui...
— Allez, quoi ! Un peu d'entrain ! C'est toi qui est censé prêcher les découvertes, je te ferais dire. Tu veux ma place à Yari no Chuutai ? On échange de rôle ? C'est comme tu veux. Moi aussi, j'aimerais bien passer du temps avec les miens, au lieu de crapahuter neuf jours sur dix dans le Rukongai.
— Tu essayes de changer le problème de place. Nous pourrions tout aussi bien envoyer un message à Oshimo et continuer notre périple, sans craindre de tomber sur une entité qui nous dépasse – seuls.
— Je n'ai pas confiance en ton Fukutaicho.
— Et moi non plus ! intervint le second membre de la Compagnie des Avant-Gardes. Ses tarés de parents d'adoption ont dû lui trafiquer le cerveau.

Pendant des heures, des jours, des semaines, l'expédition emboita le pas des particules spirituelles portées par le vent, enchaînant les biomes sans transition logique, de la neige à la plaine, de la plaine au désert, du désert à la toundra. Ils tombèrent bien assez tôt sur un second trou, menu, de la taille d'un puits, bien que les tréfonds obscurs s'apercevaient déjà au travers ; puis un troisième, plus conséquent, surpassant par deux fois la largeur de leur première trouvaille. Les deux explorateurs durent confisquer le Jigokuchō de leur confrère pour l'empêcher d'appeler le Goteisantai dans un vent de panique.

Contournant une nouvelle fois ces prémices de fin du monde – susceptible de mettre un terme à l'éternel débat sur l'expansion continuelle de la Soul Society – leur périple les conduisit enfin à ce qu'ils n'auraient jamais crû voir chez eux. Sa taille dépassait celle de tout ce qui trainait dans leurs souvenirs. Elle irradiait d'une teinte surnaturelle, emplie d'une puissance prête à érupter à la moindre goutte d'énergie spirituelle. Il n'y avait qu'elle, et pourtant, ils jaugèrent que le reste du réseau labyrinthique devait se trouver là, quelque part, enfoui sous terre. Une problématique surenchérit soudain sur ce coup de théâtre : est-ce que cette racine appartenait au même arbre séculaire auquel ils pensaient en chœur ?

Après que le guide de l'expédition transmit le compte-rendu de leur découverte au Jigokuchō, le papillon battit trois fois des ailes, et s'échoua violemment contre le sol, privé de tout son Reiryoku. Et il ne fallut qu'une seconde pour qu'il soit suivi des dépouilles inertes de ses trois compagnons de route.
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Ven 12 Avr - 18:11
— Cela se réveille, conclut le Sotaicho dos à son interlocuteur, les mains dans le dos, tandis que depuis les hauteurs du temple Yamadera il surveillait la plèbe dont il était responsable.

Le Tyran ne répondit point. La conversation qu'il venait d'avoir avec le Messager du Roi des âmes suffisait amplement. D'un simple geste de la main, de la manière qu'un être vivant pourrait ouvrir une porte cadenassée via une clé bien physique, il fit apparaître devant lui les battants d'un Senkaimon traditionnel ; et traversa son seuil pour quitter le sanctuaire sacralisé de son hôte.

À l'autre bout du Dangai se trouva l'une des infinies contrées du Rukongai. La création foula d'un pas ce paysage préservé de la botte de tout émissaire, territoire à la beauté poétique, jardin naturel dont rêvaient les écrivains les plus inspirés. Mais l'être n'était pas là pour contempler le paysage. Il relâcha alors les valves de son énergie spirituelle, qu'il diffusa aussitôt aux alentours à la recherche de son trésor.

Très vite, une anomalie alerta son sixième sens.

Et le Tyran disparut de la plaine à une vitesse dépassant l'entendement.

Sous lui s'agrandissait à vue d'oeil un large gouffre d'une dizaine de mètres de largeur. Lévitant dans le vide, pantois, il baissa la tête pour mirer les ténèbres décantant au fond de l'abysse. Lorsqu'une étrange présence caressa son aura spirituelle, ses pensées s'habillèrent en un simple dicton pour le mettre en garde : « Quand on contemple l'abîme, l'abîme nous contemple en retour. ». Mais le seul fait qu'il pût être dévisagé par cette chose composait la prouesse de l'intriguer au plus haut point.

Il porta son intérêt à l'horizon – avant de rejoindre les mystères de ce royaume inconnu de la vélocité dont il venait de faire preuve lors de son précédent déplacement rapide. Les corps sans âme de trois émissaires furent retrouvés près d'une large racine pleine de vie. Mais une quatrième entité, invisible, semblait les accompagner. Malgré les plans d'existence qui séparaient le Tyran de l'espion, ce dernier osa croiser son regard. Et à peine après avoir cligné des yeux, l'un se retrouva dans la dimension de l'autre, tombant nez à nez avec ce parasite vital, responsable de l'absorption de tant de Reishi.

L'humanoïde l'accueillit en silence. Des racines sournoises, déjà, serpentaient sur le parterre fleuri pour encercler leur proie trop curieuse. L'une d'elles se posa sur sa botte ; puis son tibia ; son genou. Très vite, le Tyran se retrouva enchevêtré sur place, les jambes prisonnières d'un réseau compact de racines grandissantes, pleines de vie, véritable sangsues semblant aspirer son énergie spirituelle. Des fleurs avaient éclos sur chacune d'entre elles, aux pétales angéliques, d'un blanc immaculé.

— Pourquoi ne restes-tu pas terré dans ton trou ? articula l'envoyé.

Mais la présence n'osa pas lui répondre.

— Tu te réveilles trop tard. Ta conscience ne suffira pas à prendre ma Soul Society.

Les racines renforcèrent leurs étreintes sur l'évènement perturbateur, d'un accroissement phénoménal, comme si l'annonce de ce repas leur faisait pousser des ailes. En taille, elles doublèrent, triplèrent, décuplèrent – labourant la terre autour d'elles pour libérer davantage de membres affamés. Mais le Tyran eut marre de cette danse auquel se livrait la flore locale. Et de sa seule énergie spirituelle, apporta mort et désolation sur les prises qui effleuraient tout juste son épiderme. Les racines dépérirent. Les fleurs perdirent de leur éclat. Les pétales churent de concert sur un sol bientôt automnal.

Et la présence, elle, recula d'un pas pour ne pas subir cette implacable aura tentaculaire.

— J'agirais avant la fin de ton éclosion.

De la même façon qu'il avait quitté le tumulus pour rejoindre ce songe, le Tyran se retrouva au milieu des trois cadavres, indemne. Il s'accroupit à hauteur du sol ; et abrita le Jigokuchō dans le creux de ses deux mains. Une vive lueur s'échappa du cocon de phalanges ; et bientôt, le papillon put de nouveau battre des ailes pour rapporter son expérience à l'être qui venait de le ressusciter.

Idiots.

Le Tyran abrita son nouveau compagnon entre ses mains, et se volatilisa soudain pour rejoindre le dernier gouffre sur son chemin. Face au précipice, n'importe qui aurait dégluti et rebroussé chemin. Mais la création devait protéger le Paradis jusqu'à son dernier souffle. Alors, il sauta.
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